Télémédecine et médecine du travail en Afrique : un duo gagnant

Outil essentiel pour améliorer la santé des travailleurs, la médecine du travail constitue également un facteur de développement socio-économique. L’enjeu est particulièrement important pour les pays africains, confrontés à une pénurie de médecins qualifiés et à un phénomène de désertification médicale. Des problématiques que la médecine à distance peut contribuer à résoudre afin de limiter le nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Petit tour d’horizon des liens entre télémédecine et médecine du travail en Afrique.

 

Le point sur la santé au travail en Afrique

Des travailleurs exposés à de nombreux risques professionnels…

Avec une part mondiale de la population active estimée à 2 %, le continent africain totalise 18 % des 2,8 millions de décès annuels liés au travail dans le monde, selon l’Organisation internationale du travail (OIT).

Cette surmortalité par rapport aux pays occidentaux s’explique par des conditions de travail moins favorables :

  • Une précarité de l’emploi : rareté des contrats à durée indéterminée, travail « à la journée » et dans le secteur informel qui échappe à toute législation et protection sociale.
  • Un travail physique lourd qui concerne 50 à 70 % de la main-d’œuvre africaine (contre 10 à 30 % dans les pays riches).
  • Une forte exposition aux produits chimiques toxiques et aux facteurs physiques délétères (poussières, bruit, vibrations, machines dangereuses) pour 80 % des travailleurs.
  • Des conditions climatiques difficiles : chaleur, humidité, etc.
  • Un accès insuffisant aux règles de prévention : mode d’emploi des équipements rédigés en langue étrangère, manque de structures équivalentes aux Comités d’hygiène et de sécurité des pays occidentaux.

La mondialisation amplifie ce phénomène, avec la délocalisation d’activités à risques vers des pays africains où le coût de la main-d’œuvre est faible et la législation moins sévère. Citons par exemple la manipulation de produits nocifs (amiante, déchets toxiques, pesticides).

 

… causes d’accidents et de maladies du travail

Nous passons en moyenne un tiers de notre temps au travail. Les conditions d’exercice ont donc un impact considérable sur notre santé globale. L’exposition à des facteurs de risques physiques et psychologiques sur le lieu de travail peut provoquer des maladies professionnelles et des accidents du travail, ou aggraver des problèmes de santé préexistants.

Le bruit, les agents cancérigènes, les particules présentes dans l’air, les risques ergonomiques et le stress professionnel sont ainsi responsables d’une part importante des maladies non transmissibles (MNT) :

  • Douleurs dorsales (37 %) et troubles musculo-squelettiques ;
  • Déficiences auditives (16 %) ;
  • Maladies respiratoires chroniques telles que la bronchite (13 %) et l’asthme (11 %) ;
  • Cancers professionnels comme le cancer du poumon (9 %) et la leucémie (2 %) ;
  • Traumatismes (8 %) ;
  • Dépressions (8 %) et maladies cardiovasculaires ;
  • Problèmes dermatologiques.

 

Une dangerosité variable selon les secteurs d’activité

Selon l’Interafricaine de la prévention des risques professionnels (IAPRP), l’agriculture constitue l’une des activités les plus dangereuses. L’emploi massif de pesticides, souvent sans précautions (stocks périmés, étiquetage en langue étrangère), entraîne des répercussions sur la santé et sur l’environnement. La mécanisation agricole peut en outre causer des accidents dus à un défaut d’entretien ou à une qualification insuffisante.

Viennent ensuite les secteurs industriel, qui exposent les travailleurs à la manipulation ou à l’inhalation de substances toxiques. Enfin, dans le domaine de la construction, les échafaudages rudimentaires et le manque de formation à la conduite d’engins induisent de nombreux accidents.

 

Les défis de la médecine du travail en Afrique

La prévention, un enjeu de santé publique et économique

Condition essentielle aux revenus des ménages et à la productivité, la santé au travail participe au développement économique et social des pays d’Afrique. En effet, les maladies professionnelles et accidents du travail représentent un coût considérable pour les États, estimé entre 4 et 6 % du PIB national par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des études montrent que la mise en place d’une démarche de prévention dans les entreprises contribue à diminuer le taux d’arrêt de travail pour maladie et les dépenses de santé, respectivement de 27 et 26 %.

Le maintien des capacités de travail constitue donc une fonction importante des systèmes de santé. La médecine du travail s’appuie ainsi sur deux axes :

  • La prévention des maladies et accidents du travail grâce à l’évaluation et à la réduction de l’exposition aux risques professionnels ;
  • Une surveillance médicale régulière permettant le dépistage précoce des maladies professionnelles.

Véritable lien entre la santé au travail et la santé publique, la médecine du travail représente en outre un outil indispensable en cas de crise sanitaire telle que la pandémie de Covid-19.

 

Un monde du travail africain dominé par le secteur informel

Une part importante de l’activité économique africaine a lieu en dehors de la législation sociale et fiscale, échappant de ce fait à toute réglementation. Ce secteur informel, favorisé par la crise des années 1970-1980 et l’augmentation du chômage, emploie aujourd’hui 68 % de la population active en Afrique subsaharienne, ce qui représente 40 à 60 % du PIB suivant les pays.

La pêche, la restauration, le petit commerce, l’artisanat, la confection, les transports et la mécanique relèvent ainsi essentiellement de l’économie informelle. La main-d’œuvre du secteur informel, souvent issue de catégories vulnérables (femmes enceintes, enfants, personnes âgées, migrants), souffre d’une grande précarité, de conditions de travail dangereuses et d’une absence de protection sociale.

 

L’amélioration de la couverture sanitaire des travailleurs africains

Les services de santé au travail concernent la plupart des salariés des grandes entreprises du secteur formel. En revanche, une large majorité des employés du secteur informel, des zones rurales, de l’agriculture et des petites structures ne bénéficient d’aucun suivi médical. Ils ne possèdent généralement pas non plus d’assurance-maladie pour se faire soigner et indemniser en cas de pathologies ou d’accidents professionnels.

Dans son Plan d’action mondial pour la santé des travailleurs, l’OMS vise à rendre la médecine du travail accessible à tous via la mise en œuvre de plusieurs pistes stratégiques, en particulier :

  • L’inclusion de la médecine du travail dans la formation initiale et continue des personnels soignants de première ligne (médecins généralistes, infirmières, techniciens de santé publique, agents de santé communautaires) et de certaines spécialités médicales (oncologie, dermatologie, affections respiratoires et neurologiques, troubles musculo-squelettiques).
  • L’établissement de liens entre les centres de santé et les services de médecine du travail pour faciliter la prise en charge des travailleurs victimes d’un traumatisme ou d’une pathologie d’origine professionnelle.

Les dispensateurs de soins primaires sont encouragés à se déplacer sur les lieux de travail afin de fournir des conseils d’amélioration et d’organiser des visites médicales régulières. Ils peuvent également former des bénévoles ou délégués à la sécurité pour les aider à instaurer des mesures de prévention simples et des méthodes de travail plus sûres.

 

Les atouts de la télémédecine pour la médecine du travail en Afrique

Favoriser la prévention des risques professionnels dans les déserts médicaux

Le développement de la médecine du travail en Afrique se heurte à un double problème : la pénurie de soignants et leur regroupement dans les grandes villes. L’OMS estime ainsi qu’il manque près de 2 millions de professionnels de la santé, en particulier en Afrique subsaharienne qui compte moins d’un médecin pour 5000 habitants.

De plus, on observe une répartition géographique très inégale des ressources médicales sur le plan national. La majorité des établissements de santé et des praticiens, notamment les médecins spécialistes, se concentrent dans les métropoles. Cette désertification médicale prive ainsi les populations rurales d’accès aux soins.

En s’affranchissant des distances, la télémédecine contribue à réduire les déserts médicaux en Afrique et à améliorer le suivi sanitaire des travailleurs dans les zones reculées.

 

Gagner du temps et limiter les déplacements avec la médecine à distance

La télémédecine mobile facilite la mise en œuvre de la médecine du travail en Afrique à travers ses différentes applications :

  • La téléconsultation permet de réaliser le suivi médical des employés des régions isolées. Cette consultation médicale à distance s’effectue à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone connecté à internet. Le praticien comme le patient ne perdent pas de temps dans des trajets longs et parfois dangereux.
  • S’il a un doute, le médecin du travail peut solliciter l’avis d’un confrère grâce à la téléexpertise. Des données médicales (électrocardiogramme, échographie ou photo de lésion cutanée par exemple) sont télétransmises au médecin spécialiste référent (cardiologue, sage-femme, dermatologue) qui pose un diagnostic à distance.
  • En cas d’accident du travail, la télérégulation consiste à contacter un médecin régulateur qui établit la conduite à tenir : envoi des secours, transfert dans un centre hospitalier ou renvoi vers un cabinet médical. Ce tri préalable évite l’encombrement des urgences et une hospitalisation inutile.

Destinée à tous les professionnels de santé, la plateforme de télémédecine Nomadeec commercialisée par Lihope permet de pratiquer la médecine à distance sous toutes ses formes. Cette solution se compose d’une application mobile proposée sur une tablette numérique, et de dispositifs médicaux connectés pour effectuer les mesures (tension, température, glycémie, rythme cardiaque, etc.) et leur analyse en temps réel.

 

Contribuer à la formation du personnel de santé à la médecine du travail

Dans de nombreux pays africains, les médecins du travail privilégient le traitement médical curatif plutôt que la prévention. Il s’agit fréquemment de médecins généralistes, insuffisamment formés à la prise en charge des problématiques de santé au travail.

Souvent confondue avec une médecine de soins, la médecine du travail constitue pourtant une véritable spécialité médicale, encore trop peu enseignée dans les universités africaines. Les outils de communication utilisés par la télémédecine pourraient en ce sens faciliter la formation à distance des médecins et des infirmiers spécialistes de la prévention des risques professionnels.

 

Lihope propose également des formations pour les professionnels de santé afin d’améliorer la prise en charge des patients et la qualité des soins dispensés.